LACRIMA * TEXTE, MISE EN SCÈNE ARNE SIERENS * MUSIQUE JEAN-YVES EVRARD * CHORÉOGRAFIE TED STOFFER * SCÉNOGRAPHIE GUIDO VROLIX * COSTUMES ILSE VANDENBUSSCHE * LUMIÈRE TIMME AFSCHRIFT * AVEC JAN HAMMENECKER, SAYAKA KAIWA * PRODUCTION KOEN DEMEYERE * COMPAGNIE CECILIA *

Un homme promet à son ex-petite amie d'aller dans la ville rechercher le fils disparu de celle-ci. Bien qu'il ait juré de ne plus jamais y remettre les pieds, il retourne dans le quartier où il a grandi, cette réserve hideuse où l'on entasse dans des complexes sociaux tous les vauriens et autres écornifleurs, et où il a un jour perdu toutes ses illusions.

Cette histoire qui sommeillait depuis un certain temps, Arne Sierens en avait entrepris l'écriture à plusieurs reprises. C'est après une séance de brainstorming avec le réalisateur de cinéma Felix Van Groeningen Dagen zonder lief (Des jours sans amours), De Helaasheid der Dingen (La merditude des choses) qu'il a subitement trouvé la clé pour la raconter : franchement et sans fioritures, poésie ni métaphores.

Lacrima est un lamento tempétueux sur l'existence peu poétique des gens des quartiers défavorisés, une élégie rauque, mais en même temps en quête de rédemption, sur les mères et leurs enfants, l'abandon et les dépendances, les cicatrices apparentes et invisibles, et surtout, le fait de s'égarer et de se perdre mutuellement dans la vie et la mort...

Le sociologue français Loïc Wacquant est parti à la recherche des milieux d'où sont issus les « jeunes dangereux » des banlieues de Paris et de Marseille, et a constaté que, si le nombre moyen d'habitants par appartement est de 2,7 en France, ce chiffre atteint 7,1 dans certaines banlieues. L'endroit où vous vivez vous marque profondément en tant que personne. Les émeutes de l'été dernier en Angleterre ont éclaté dans les quartiers où le gouvernement Cameron avait pris des mesures budgétaires draconiennes dans tous les services publics, et où le taux de chômage des jeunes dépasse les 40 %.

"Arne Sierens, co-auteur de tant de spectacles avec Alain Platel dont Moeder en Kind et Bernadetje vient de transcrire et porter à la scène la mémoire de son adolescence endolorie. On retrouve l'univers de Tous des gagnants, en effet le quart-monde belge et ses péripéties habitent la rue à côté de la nôtre. Cette fois, Arne Sierens parle de lui à la première personne et c'est l'un de nos comédiens fétiches, Jan Hammenecker, qui s'y identifie avec l'énergie créatrice qu'on lui connaît. On le vit indifféremment jouer en français Il n'y a aucun mérite à être quoi que ce soit de Marcel Mariën sous la conduite de Charlie Degotte et en flamand rejoindre les dramaturges de la nouvelle vague néerlandophone. En réalité, dans Lacrima, il y a deux personnages en scène qui chevauchent plusieurs rangées de bancs. Une jeune fille de bonne famille, d'origine japonaise, Sayaka Kaiwa, écoute le récit de Jan Hammenecker avec une sorte d'amusement enfantin comme pour relativiser ce qu'elle entend. Elle est danseuse et du coup la mise en scène prend des allures chorégraphiques. Lacrima est un bijou tout simple dont l'écriture se réclame de la plus parfaite trivialité poétique. Pas de faux-fuyants, on a le nez dedans. Ni besoin de sous-titres. Et d'ailleurs Jan Hammenecker passera d'une langue à l'autre avec naturel, comme le faisaient encore il n'y a pas si longtemps certains vieux Bruxellois dans les Marolles."
( Jo Dekmine, theater 140 )

"On y découvre une nouvelle évolution dans le travail de Sierens : alors qu'auparavant ses personnages délimitaient leur territoire dans une Flandre orientale et gantoise, depuis De Pijnders, les frontières de la province se sont ouvertes à la véritable Flandre occidentale. L'humanité profonde de ses personnages devient universelle. Hammenecker danse le monologue avec son corps dans un décor incroyablement réussi de Guido Vrolix, qui évoque les grandes villes, la dureté des dalles de trottoir et la froideur des immeubles sociaux."
( Roeland de Trazegnies, cobra.be )

"Une chose est évidente, Hammenecker mène le jeu. L'acteur des films Ex Drummer et 22 mei débute chez Sierens, mais aussi au théâtre flamand. Quelle révélation ! Il déploie un jeu varié mais reste toujours tel un contrefort sur le sol. Même les volutes qu'il ajoute semblent sincères et sorties tout droit de ses tripes. Le théâtre gantois de Sierens passe spontanément au flamand occidental."
( Wouter Hillaert, De Standaard )

"Lacrima est la pièce la plus politique de Sierens, parfois plus un pamphlet que du théâtre. Mais c'est aussi à cela que sert le théâtre, à faire entendre la voix de ceux que l'on n'écoute pas."
( Yves Desmet, De Morgen. )

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